Vers une activité plus consciente et… « libre d’esprit »

Je l’ai déjà signalé en divers lieux (exposés, articles ou livres), « l’inconscient freudien » constitue en soi une chausse-trappe conceptuelle. En effet, je vois dans cette approche du fonctionnement mental au moins trois contre-réalités :

  • Jonglerie freudienne et fuite sémantique.

Le préfixe « in » donne la propriété d’antonyme au mot qu’il sous-tend. Ainsi, tout comme « incapable » désigne du « non-capable », « inconscient » devrait signifier du « non-conscient ». Or nous parlons ici d’une activité purement mentale, dissimulée dans notre intimité, que nous induisons par notre propre verbe… et qui permet de réfléchir au sens même de ce mot. Dans ces conditions, comment pourrions-nous évoquer notre inconscience sur tel ou tel objet vécu,… sans au même moment être de mauvaise foi ? Car par nature, se prétendre inconscient de cet objet voudrait dire que nous ne pourrions pas le discerner, ni l’évoquer, ni même l’imaginer, par l’impossibilité même… de sa prise de conscience (recul méta, cf. préambule) ! Il s’agit dans cette situation intime ultime de l’inverse d’une tautologie, à savoir de tendre vers une forme « d’évitement définitif à soi-même ». Un évitement personnel, devenu également culturel, car encouragé depuis plus d’un siècle par l’intelligentsia psy !

  • Craquons ce « bug mémoriel »… que je ne saurais voir !

Certains psychanalystes, tel que Jacques Lacan(w), ont pensé trouver le « lieu de l’inconscient », l’imaginant même au cœur de notre cerveau. C’est ignorer l’origine neurosensorielle, donc « neurotemporelle(n) », de nos pensées (cf. préambule). En effet la « conscience de… », tout comme la « non-conscience de… », constitue en soi une activité spatiotemporelle 2x3D (libre, ou non), qui fait appel à nos capacités sensorielles. Pour l’individu, « être inconscient de… » signifie simplement qu’il évite de (re)mettre en relation une scène vécue (en 3D spatial), avec l’instant vécu qui pourtant lui est associé dans son histoire (en 3D temporel). En d’autres termes, il évite de (re)synchroniser ce qu’il a vécu en dehors d’avec ce qu’il a vécu en dedans !

Comme cette stratégie se réalise dans le stricte cadre intime de l’individu, nous pouvons affirmer que cette dissociation interne est de nature temporelle (impulsée via une de nos fonctions sensorielles, instinct de survie oblige !). En effet, au cours de « son événement intime », et afin d’éloigner une probable souffrance, cet individu a délibérément réorienté un « fragment mémoriel » de son histoire (stratégie de « zapping temporel »). Cela pour brouiller les traces d’une éventuelle remémoration, potentiellement douloureuse à revivre (histoire de ne plus la retrouver »… dans sa propre mémoire à long terme) !

Nota spécial : notre mémoire socio-mentale, « à long terme », tend à nous synchroniser culturellement… par l’entremise imposée de l’horloge sociale (« le » temps officiel). La stratégie de survie décrite ci-dessus, dont chacun peut vérifier la réalité à tout moment, prouve deux faits. D’une part que notre synchronisation culturelle constitue parfois un obstacle à plus de conscience individuelle. D’autre part, en reconnaissant dans notre for intérieur que nous sommes bien à l’origine de nos « mémoires inconscientes », nous prouvons par là même la nature intime du temps (vécu). N’en déplaise à S. Freud, aux psys et… à la science du siècle dernier ! Nous reviendrons sur ce thème essentiel durant le cinquième chapitre, lorsque nous aborderons la démarche de « résilience ».  

  • Pieux tabous d’origine « spirituelle » ?

Ne pas être conscient d’un processus intime pourtant vécu provient en général d’un déficit de capacité ou de liberté, localisé et souvent réversible, dans l’une de nos trois temporalités. Il peut s’agir d’un Futur (ex. : « Une idée m’est venue… mais elle m’a échappée »), du Passé (« Je suis sûr d’avoir déjà entendu cela, mais je ne me souviens ni où ni quand »), ou du Présent (« Couvrez-moi ce sein, que je ne saurais voir » – Le Tartuffe, Molière). Cette « déchirure mentale » ne devrait pourtant pas s’incruster, dès lors que nous développons notre esprit. En effet, celui-ci est susceptible de nous apporter plus de liberté mentale. Aussi devrait-il se mettre tôt ou tard au service de cette dernière, au même titre que notre mental se met spontanément au service de notre liberté comportementale (propriété intrinsèque de « l’émergence » – voir ci-dessus, et préambule). Tout à fait concrètement, cela montre que délimiter culturellement la croissance de notre esprit peut devenir source de tabous, lesquels peuvent ensuite nous priver de « libres confessions »… à nous-mêmes ! Nous ferons également le lien avec le processus de résilience (A titre d’illustration, je me souviens d’une époque, pas si révolue, où l’enfant devait confesser au prêtre ses « pensées coupables »… fruits de son imagination en éveil. Bien entendu, adhérer à cette démarche croyante créait au sein de l’enfant un véritable « harakiri de son esprit »… pourtant naissant!).

Pour ma part, vous l’avez compris, je ne peux valider que le terme « conscience », ou celui de « non-conscience ». Notons que l’appellation « subconscient(w) », c’est-à-dire « sous la conscience » abonde en ce sens, eut égard à la dynamique émergente de la conscience et… au réel « éveil spirituel » qui se développe dans les pays les plus libres (un éveil intuitif certes, c’est-à-dire encore peu conscient,… mais un éveil quand même !). Notons au passage que la notion de « subconscient » fut largement soutenue par C.G. Jung.

Ce qui vient d’être soulevé est essentiel pour appréhender le rôle central que notre « esprit critique » et nos « facteurs critiques » devraient prendre dans toute culture progressiste. Leur portée immense sur nos vies mérite que l’on s’y penche quelques instants. Alors plongeons au cœur de ce défi intérieur historique, qui se joue depuis des millénaires entre notre mental et notre esprit.

. Duel corps à corps « Mental / Esprit ».

Comme nous l’avons évoqué au chapitre II, le « dualisme corps-esprit » de R. Descartes a ancré dans notre culture moderne une « catastrophique croyance » (celle de l’immatérialité des fonctions du mental et de l’esprit). Cette croyance culturelle est d’autant plus suicidaire que nous avons également confondu « mental » et « esprit ». Le déficit actuel de conscience (mentale), en particulier dans notre société occidentale, découle directement de ces deux croyances (cf. préambule « prise de conscience). Dans « la » réalité vécue par chacun, le nœud originel de ces croyances viscérales se situe dans un duel permanent que chacun de nous se livre dans sa propre intimité depuis l’âge de raison (vers six ou sept ans). Un duel entre « conscience » et « subconscience ». Et ce combat intrapsychique se livre avec deux armes personnelles que nous reconnaitrons tous. D’une part notre « esprit critique », ardant développeur d’un esprit toujours en devenir, et d’autre part des « facteurs critiques » que nous avons installés, tels des remparts intérieurs, pour faire face aux émotions, souffrances et douleurs réelles ou potentielles… que nous ne pouvions assumer. Etudions plus précisément la nature même de ces deux armes fatales, l’une progressiste, et l’autre… conservatrice !

  • Comment procède notre « esprit critique » ?

Toujours à l’appui du schéma en Annexe A, comprenons précisément comment s’articule cette activité interne d’analyse critique… envers des idées préalablement conçues (par soi, ou d’autres que soi). Une activité intime, vécue en 3D-temporel, qui se finalise toujours au Présent. Son processus se voulant pertinent, et sans falsification, il doit alors être le plus simple et direct possible (et sans jugement aucun). En effet, il consiste pour chacun de nous, ancré au Présent, à confronter consciemment différentes hypothèses (idées de temporalité Future), à « l’idée » même objet de l’analyse (idée de temporalité Passée). Le processus « d’esprit critique » se vit donc « en live », en confrontant des idées futuristes à une idée passéiste. Lorsque la confrontation valide l’idée en place, celle-ci se voit confortée. Lorsqu’elle la démonte, elle se voit alors… « dépassée » !

Je propose de représenter le processus d’esprit critique, de stade néocortical, par ce triptyque temporel « Présent (Futur> Passé) ».

  • Comment ont procédé nos « facteurs critiques » ?

A l’inverse de l’esprit critique, le facteur critique désigne un processus castrateur de prise de conscience. En effet il tend, une fois mis en place, à empêcher toute mise en relation d’un contenu subconscient avec un vécu intime conscient. Le « facteur critique », notion largement utilisée en autohypnose, est donc en soi un « facteur d’intolérance », un « filtre » voire un « sas » que nous construisons entre le champ de nos activités conscientes et la « cellule haute tension » de notre subconscient. Nos facteurs critiques, tout comme le processus d’esprit critique, se construisent puis se consolident « en live », lors de « moments Présents (à soi-même). Leur durée d’action est donc également encadrée par celle de nos « mémoires à court terme » (à savoir au plus trente secondes… du « temps de l’horloge ») !

Par contre, et contrairement à ce que pratique notre esprit critique, son action consiste à isoler notre Futur à vivre… d’un Passé vécu. Ou également, à nous isoler d’un potentiel vécu Futur… imaginé lors d’un « Passé causal » réellement vécu. Autrement dit, le « facteur critique » permet d’occulter une partie de notre Passé, ou a permis jusqu’à présent d’occulter un Futur probable. Prenons deux exemples courants, situés dans un « moment présent » du Passé, l’autre dans un « moment présent »… d’un Futur potentiel :

  • « Cet enfant de trois ans entendit très distinctement cet homme violenter sa mère. L’émotion qui s’en suivit devint pour lui insupportable, insurmontable». Ce faisant, il décida de basculer sa mémoire du « moment présent » vers un vécu imaginaire. C’est-à-dire qu’il bascula cette réalité vécue vers un « hypothèse imaginaire »  liée à un « Futur hypothétique » (dont la mémoire était fugitive). La mémoire du Passé vraiment vécu a ainsi disparu (de sa conscience), pour laisser place à une « parenthèse temporelle », un « sas subconscient » verrouillé… de l’intérieur !
  • Déclaration fréquente chez les ados et adultes : « Je voudrais vivre (au Futur) le plus longtemps possible, en bonne santé, mais (au Présent) je ne peux m’empêcher de fumer. Me priver des sensations que cela me procure… m’est insupportable ! ». Nous voyons dans cet exemple que le « facteur critique du fumeur », ici un « sas d’isolement du Futur », interdit tout accès conscient sous le tapis subconscient d’un Futur objectif… que le fumeur occulte, alors que sa mémoire d’un Passé fumeur est reconnue au Présent !

Dans la première situation, l’enfant a mis en œuvre un acte temporel critique face à une émotion passéiste devenue insurmontable, ce qui lui a permis de survivre… et de passer outre cet endroit Passé de son histoire. Lors de la deuxième situation, l’adulte décide un basculement temporel critique, car il ne peut supporter cette privation de sensations… auxquelles il est devenu « accro ». Relevons au passage que l’esprit de l’individu, même adulte, se soumet aux impératifs de survie du mental (émotions critiques), ou du physique  (sensations critiques). Il s’agit là d’une claire illustration du thème que nous allons à nouveau aborder dans la partie suivante, à savoir « la nature émergente de l’esprit », relativement à notre ontogénèse (physique, puis mentale).

Pour synthétiser le processus du facteur critique en action, je propose de le représenter par ce triptyque temporel « Présent (Ω – Futur) » ou « Présent (Passé – Ω) ».

  • Dépasser les limites d’un « esprit en survie » !

Tenant compte de sa rivalité inévitable avec plusieurs facteurs critiques, nous pouvons mieux comprendre en quoi et comment notre esprit critique peut devenir efficace, ou non, lors son activité. Une activité viscéralement de type « doute hyperbolique » (cf. préambule). En effet, tout facteur critique n’a d’autre objectif que de maintenir verrouillées les bascules temporelles qu’il a créé au sein de notre « subconscient ». Autrement dit, pour autant que nous souhaitions nous libérer l’esprit, c’est bien à notre esprit critique, devenu alors « facteur subtil », de trouver les clés temporelles pour ouvrir subtilement les serrures des « sas » de notre subconscient. A n’en pas douter, le « coach esprit conscient® » doit être lui-même un excellent « serrurier temporel » !

Nota : à défaut d’un réel travail adulte sur notre subconscient, nous devons alors accepter en nous cette présence permanente d’une « parenthèse virale » issue d’un Passé ou d’un Futur potentiel non assumé. Cet « état d’esprit », celui d’un « esprit rigide » dont la liberté reste très relative, peut permettre une vie adulte acceptable. Néanmoins, il laisse fréquemment libre cours aux craintes et aux angoisses. Des peurs subconscientes, que la circonstance occultée réapparaisse ou alors… apparaisse in fine !   

En résumé.

Justifier d’un « inconscient » alibi, définitivement dissimulé dans nos mémoires intimes, fut une erreur thérapeutique du siècle dernier. Concevoir un « subconscient », enfoui sous le tapis conscient… d’une survie enfantine que nous avons dépassée, est bien plus réaliste. L’adulte à « l’esprit libre » peut alors utiliser son « esprit critique » pour s’introduire subtilement sous ce tapis intime, via le sas de ses « facteurs critiques »… qu’il avait lui-même créés pour concevoir une « version 3D-temporelle acceptable » de sa propre histoire !

 

Nota important : Les concepts de « facteur critique » et de résilience, tous deux associés à la conscience d’un « Temps vécu », permettront à terme de passer outre certaines théories de la psychologie moderne (celles depuis Freud). Non pas que ses constats, par nature empiriques, soient inexacts. Par contre j’estime d’une manière générale que la démarche traditionnelle ne permet pas de rendre ses « clients » vraiment autonomes. La raison en revient essentiellement à notre déficit de conscience du « Temps 3D », que nous initions par notre propre dynamique interne (cf. « Eloge du Futur », Ed. Persée 2016). En effet, lorsque nous intégrons dans notre vie quotidienne cette conscience nouvelle, il devient possible de mettre en œuvre une pratique intime « d’accès temporel au facteur critique ». Une pratique que nous pouvons et pourrons poursuivre à tout âge.

(Un ouvrage consacré à cette nouvelle approche de « Psychologie Esprit Conscient® » est en cours de préparation).       

La quasi-totalité des difficultés psychophysiologiques, voire même psychopathologiques, pourra plus facilement être débuggée via des processus de type « esprit conscient® ». Ceux-ci se définissent par une méthodologie bien plus proactive et autonome, en particulier grâce à la conscience temporelle de nos vécus intérieurs. En ce sens une révolution psycho-temporelle, pour ne pas dire « psycho-spirituelle », se prépare pour les années à venir. Au cours des prochains thèmes de « coaching esprit conscient® », chacun de nous pourra saisir plus concrètement en quoi et comment cette nécessaire « (r)évolution humaniste » devient motivante, aisée et efficace.

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