Au delà de nos « psychologies »… du Passé !

Nos fonctions de l’esprit se sont très peu développées depuis l’avènement Homo sapiens. Pourtant son avenir, « spirituel » (en son sens originel), semblait couler de source au début de sa « période pré-abrahamique » (ou période « néolithique »). Il y a plus de dix mille ans, notre ancêtre vivait en pratiquant un dialogue permanent avec son environnement. Un dialogue naturel, au sens premier du terme, émanant de ses actes et de ses pensées. Puis, devenant apte à plus d’imagination, l’idée d’une nécessaire causalité lui vint. En d’autre termes, celle de trouver « une raison d’être aux événements qu’il vivait ». Il pourrait ainsi définir peu à peu un « cadre causal de protection » face aux éléments, une source de « règles existentielles » qui lui permettraient de baisser son niveau d’angoisse ! (« instinct de survie » obligeHenri Laborit a écrit : « Doué d’imagination, l’homme en vint à attribuer au monde qui l’entourait, à la nature, une conscience analogue à celle qu’il percevait confusément en lui-même. Il peupla son environnement de dieux qu’il se mit à honorer. » – La légende des comportements, Flammarion).

Voici donc une approche scientifique de notre vielle motivation causale et spirituelle Homo sapiens, déléguée in fine à un potentiel protecteur… imaginé. Un référent de l’esprit qui fut ainsi durablement une réponse efficace pour offrir aux humains un cadre mental structurant pour d’innovants projets collectifs, a priori plus sécurisants. Je dis bien « approche scientifique » car cette explication, étayée par les travaux indiscutables de ce neurobiologiste hors pair que fut Henri Laborit, m’apparait la seule vraiment compatible avec la prise en compte de nos propres « systèmes de récompense », par nature incontournables (cf. article précédent). Par ailleurs, ce cheminement psychobiologique explique également la supériorité du potentiel de survie Homo sapiens sur celui du Néandertalien. Ainsi ce choix Homo sapiens d’une survie allégorique, pour ne pas dire « spirituelle », effectué il y quelques centaines de générations, a permis à notre espèce de poursuivre son histoire et un itinéraire… à la fois chaotiques et progressistes. Une survie et/ou une vie humaine aux expériences empiriques, à la fois « mentalement en lutte » et « spirituellement inhibée » (cf. article précédent). C’est en ce sens qu’aujourd’hui je nous encourage à nous soustraire du joug de notre propre inhibition spirituelle. Car en effet aucune « inclination symbolique », aucune « spiritualité extérieure » ne pourra nous venir en aide face aux catastrophes planétaires que nous sommes en train de générer. Aucun « dieu de l’esprit », fusse-t-il même tombé sur la tête, ne nous aidera à inverser cette tendance suicidaire de « l’homme moderne » qui consiste simultanément à « lutter contre les autres » (au Présent), et nous « inhiber spirituellement face au Futur » (de l’humanité). Autrement dit, nous devons entamer une véritable révolution psychologique et culturelle pour sortir de cette impasse historique qui a milité jusqu’à ce jour pour « un mental en lutte mais vassalisé par un esprit réprimé » !

Alors comment faire, et si possible comment faire « politiquement », sans s’entredéchirer ni « se prendre la tête » ? Depuis de nombreuses générations, probablement depuis cette période pré-abrahamique évoquée ci-dessus, nos sociétés n’ont de cesse de s’inspirer « d’un » passé (sans cesse réinterprété). Pourquoi donc ? Nos ancêtres nous ont-ils prouvé qu’ils avaient su vivre « heureux ensemble », à savoir sans stress issus « du » présent ou « du » futur ? En quoi l’expérience « du » passé serait-elle la seule orientation à répliquer, empiriquement, afin de trouver la voie… d’une vie meilleure ? Comprenons par là que notre démarche psychologique historique, utilisée également par la science officielle, impose en permanence de valider ses succès passés dans chaque moment présent. Un présent certes directement rattaché au physique (… et à « la » physique), mais n’offrant alors qu’un seul itinéraire de vie possible, canonique et « filaire » (tel que le pratique le ver de terre !). Un itinéraire malheureusement vécu sans véritable esprit critique. Et si nous prenions comme référence temporelle, non plus « le » passé (rempli d’histoires), mais « un Futur choisi » auquel nous aspirerions tous, collectivement ? Un nouveau protocole expérimental pourrait ainsi naitre, un protocole social et même scientifique, pour lequel l’empirisme serait inversé. A savoir que le champ expérimental serait surtout fondé sur ce qui n’a pas encore été expérimenté (vécu), quitte éventuellement à valider, ou à invalider, certains protocoles historiques. Une telle démarche impliquerait alors d’augmenter les fonds alloués aux recherches collectives, en diminuant à l’inverse ceux abandonnés aux « matelas de quelques uns ». Bien entendu dans un tel scénario la vraie recherche fondamentale, à savoir celle qui s’autorise à revisiter les fondements passés (« esprit critique » oblige), développerait prioritairement en « esprit conscient® » le sens du mieux… et non ce mortifère réflexe du « toujours plus » !

Tenant compte de ce qui vient d’être expliqué, nous commençons à mieux appréhender pourquoi l’état d’esprit des « entrepreneurs du Futur » diverge sur le fond de celui des « entrepreneurs du Passé ». En particulier leurs psychologies fondamentales diffèrent sur « comment investir ». Le premier, possédant une vision et des objectifs plus humanistes, tendra à asseoir les principaux investissements et résultats sur l’ensemble des acteurs de l’entreprise. Alors que le second, répliquant les méthodes d’antan, continuera de pratiquer dans son entreprise une soit disant « sélection naturelle », généralisant ainsi un « esprit de compétition » fondé sur un « mental en lutte mais vassalisé par son propre esprit inhibé » (cf. ci-dessus). Mais, au même titre que se projeter matériellement vers une croissance illimitée est en soi un crime contre l’humanité (ou encore « imaginer un cumul PIB continuant de croitre… à l’infini »), célébrer sans cesse et sans « esprit critique » nos héros du passé est un suicide. Inversement, les meilleures références progressistes pour l’humain seront forcément des références à acquérir et à développer. Cela se vérifie, et se vérifiera, dans le cadre de toutes les entreprises humaines. La raison fondamentale vient essentiellement du fait qu’Homo sapiens doit psychologiquement passer du stade des « émotions entretenues » (par des dirigeants passéistes), à celui de « sentiments initiés » (par chaque leader humaniste). Observons notre récente « entreprise Homo sapiens » : même acculée au bord de sa propre faillite, elle reste encore et partout gérée par ses seules émotions !

Nous pouvons ainsi prendre un peu de recul, et percevoir que mener nos expériences collectives sous l’emprise d’un empirisme sans fin, soutenu par une spiritualité doctrinale et passéiste, nous mènera potentiellement à une intolérance émotionnelle généralisée, puis à un inévitable repli égocentré… de survie physiologique. A l’inverse, expérimenter de nouvelles visions futuristes, pouvant être imaginées puis exposées par chacun, peut générer motivation et élan collectif. Encourageons donc l’émergence des entreprises plus humanistes, lesquelles sauront mettre en œuvre de « libres sentiments humains »… pour les investir ensemble.

Nota : Loin de moi l’idée qu’assumer notre Passé et vivre notre Présent serait une erreur. Bien au contraire, notre bibliothèque culturelle, qu’elle soit personnelle ou collective, est essentielle pour nous construire mentalement (et émotionnellement). Par ailleurs, savourer « le moment présent » fournit une richesse de vie corporelle incomparable. Non, l’idée à retenir ici est que pour vivre pleinement, pour vivre mieux et moins angoissé, il est indispensable de s’investir également vers « un Futur » choisi. Au cours des deux articles suivants nous verrons, plus en détail, pourquoi et comment équilibrer au quotidien nos trois orientations temporelles. Car chacune de celles-ci est essentielle, et les associer en leur donnant une importance équivalente me semble l’enjeu majeur de notre culture du 21ème siècle. Un siècle qui sera pour chacun celui de l’esprit… ou ne sera plus !     

          

En résumé.

Une révolution psycho-temporelle est nécessaire pour notre société. Nous avons en effet besoin de rééquilibrer le poids culturel attribué à chacune de nos orientations temporelles. Il s’agit, pour l’essentiel, de ne plus subir toutes les vérités issues d’un passé doctrinal, mais de les confronter à d’autres réalités potentielles, celles d’un Futur qu’il nous appartient de créer par nous-mêmes.

C’est ainsi que l’on peut entreprendre collectivement avec une libre et naturelle créativité,… ce qui alimente alors l’esprit même de l’entreprise humaniste !

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